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Chef d’oeuvre en péril

Une prothèse au musée de l’Arles Antique , oeuvre majeure de l’architecte Henri CIRIANI

 

 

Lettre de Thierry Van de Wyngaert Président de l’Académie d’Architecture

à

Frédéric Mitterrand Ministre de la Culture et de la Communication.

 

 
 
 
 Paris le 28 février 2012
 
 Monsieur  Frédéric MITTERRAND
 Ministre de la Culture et de la Communication
 
  
Monsieur le Ministre,
 
Il y a des bâtiments qui sont la fierté des hommes, tant ils sont émouvants et savent jouer savamment avec le ciel, avec l’eau, et la terre.
 
Paul Valéry l’a bien écrit : « En te promenant dans cette ville, entre les édifices dont elle est peuplée, as-tu observé que les uns sont muets, les autres parlent, d’autres, plus rares, chantent ».
 
Le musée de l’Arles Antique est de ceux ci.
 
Son auteur, Henri Ciriani, est l’un des plus grands architectes français. Son art et sa culture sont immenses. Il vit encore, vingt neuf ans après avoir conçu cette œuvre emblématique.
 
Dans le respect de l’histoire et du site, au bord du Rhône, ce virtuose d’exception a tracé une forme pure : un triangle de lumière, dont chacun des trois angles est un cours magistral de géométrie et d’élégance.
 
Aujourd’hui, avec les travaux d’agrandissement en cours, cette œuvre est bafouée, brisée, vandalisée par des incultes sans consciences n’osant pas même signer leur forfait de leur nom. Le Maître d’ouvrage est le Département des Bouches-du-Rhône. Son architecte, le Département des Bouches-du-Rhône. Pareille confusion des genres est douteuse.
 
Au lieu de passer commande pour étendre l’ouvrage, quels sont donc ces barbares qui ont osé commanditer l’outrage ? Comme l’écrit si bien François Chaslin : « Casserait-on un angle de la villa Savoye, pour y greffer un garage ? »
 
Si l’eau du Rhône peut masquer les pleurs, il vous appartient, Monsieur le Ministre, d’arrêter cette atteinte à la propriété artistique et de protéger le meilleur de notre culture contemporaine.
 
Ce serait, aussi, témoigner à jamais d’un respect de la beauté et de la chose publique.
 
Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de ma plus haute considération.
 
Thierry Van de Wyngaert,
Président de l’Académie d’Architecture