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Regard sur le Patrimoine

Prouvé à Gond Pontrouve

Histoire d’une petite école Charentaise

Gérard Lancereau
architecte urbaniste

On vient d’apprendre que le Maire de la petite ville de Gond Pontouvre, Faubourg d’Angoulême, pourra finalement démolir son école conçue par l’architecte Chaume et l’ingénieur Jean Prouvé, à l’exception d’un petit morceau qui sera conservé.

Soit.

Mais la chronique de cette histoire est pleine d’enseignements.

Après que le Maire et son architecte aient innocemment projeté la démolition de cette école sans s’apercevoir de sa valeur, après qu’un petit groupe de personnes se soit mobilisé puis avec une pétition ait réussi à émouvoir les instances les plus influentes de nos administrations, jusqu’à un ancien ministre de la culture, après tout cela enfin, branle bas de combat !... les spécialistes du patrimoine furent saisis du péril imminent et procédèrent à une expertise approfondie du bâtiment.

On procéda à toutes les analyses et les investigations documentaires dignes du carbone 14 et la vérification de l’authenticité de l’œuvre : était-elle ou non du « Maître » ? (sic) et du côté de l’inspection régionale des monuments historiques le verdict tomba : las ! c’était bien du Prouvé mais il n’était pas pur en quelque sorte. D’abord un obscur architecte du nom de Chaume était concepteur de l’école et quant aux ateliers Prouvé, c’était du tardif, du Studal, du banal sinon du frelaté du moins du sans grand intérêt.

De plus dans les années 90 un imbécile s’étant avisé de remplacer un châssis en acier par une porte fenêtre en aluminium avec une crémone pompiers, il devenait clair qu’un tel massacre ne pouvait que faire perdre à cet édifice le peu d’intérêt qu’il aurait encore pu témoigner.

Néanmoins, est-ce pour apaiser les esprits et éteindre les recours (il faut bien faire un petit geste dit-on toujours !) on décida d’amender le projet de démolition complète avec la conservation d’un des trois pavillons en partie haute du site.

Mais alors là, maintenant on va voir ce que l’on va voir : d’une part les lambeaux des autres pavillons démolis iront rejoindre les lycées techniques de la région, histoire de montrer à nos élèves le génie constructif des années 60 en pièces détachées, d’autre part le pavillon conservé sera restauré mais cette fois par quelqu’un de sérieux.

Car lorsque l’on se décide à protéger, lorsque l’on « classe MH » enfin, en France, alors cette fois on parle de Restauration et alors là, la conservation régionale sait ce qu’il faut faire : rien de moins qu’un architecte en chef des MH sera chargé de l’affaire et l’on aura à cœur d’appliquer désormais des techniques de restauration dignes des cathédrales, un vrai bijou…

Et que fera-t-on là dedans me direz vous ? ce morceau d’école restant sera-t-il intégré dans la nouvelle qui va se bâtir alentour ? Pas question d’affecter à ce pavillon témoin un usage banal, on en fera un petit sanctuaire du patrimoine moderne.

Voilà résumé ici le regard que l’on a en France sur le patrimoine : soit on le reconnaît et on l’adule, on le sanctuarise, soit il n’existe même pas.

Et pour ce qui concerne le patrimoine moderne on le reconnaît très rarement.

Tous les jours on démolit, des bâtiments emblématiques comme la halle de Fontainebleau ou bien on défigure « on ré-habille » maladroitement sans respecter l’architecture d’origine.

Pas seulement des bâtiments majeurs mais aussi bien davantage d’autres, plus ordinaires pourtant intéressants notamment pour leur valeur d’usage

Et justement ce qui était intéressant dans l’école du Gond Pontouvre ce n’était pas tant qu’elle fut du Prouvé et du vrai mais tout simplement que cet édifice était beau et très fonctionnel et qu’il témoignait de son époque.

Que 5O ans après sa construction il était remarquablement conservé, que sans doute c’était un bâtiment mal isolé et probablement un gouffre énergétique mais qu’on aurait assurément trouvé des solutions de réhabilitation intelligente, ni dégradante pour l’architecture d’origine ni exagérément conservatrice et que cette école avait une vraie valeur d’usage.
C’est ce que sa directrice affirmait chaque jour aux journalistes, dommage qu’on l’ait aussi peu écoutée.

Fi des ingrats !