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Discours de Jean-Claude RIGUET, Secrétaire Général de l’UIA

Extrait du discours de réception

Dans ses considérations générales, la CHARTE DE LA FORMATION DANS LE DOMAINE DE L’ARCHITECTURE, établie en collaboration avec l’UNESCO et approuvée par l’Assemblée Générale de l’UTA en 1996, déclare que « l’architecture, la qualité des constructions, leur insertion harmonieuse dans leur milieu environnant, le respect des paysages naturels et urbains ainsi que le patrimoine culturel collectif et individuel sont d’intérêt public ».

Par ailleurs, dans L’ACCORD CONCERNANT LES NORMES INTERNATIONALES DE PROFESSIONNALISME, approuvé la même année, on peut lire : « Il est du devoir de la communauté architecturale mondiale de faire prendre conscience aux organismes décideurs nationaux et internationaux de la nature tout à fait spéciale de l’architecture par rapport aux autres prestations » et plus loin l’architecte est défini comme « de l’expression culturelle de l’habitat de la société, en terme d’espaces, de formes et dans un contexte historique donné »

Comment peut-il être un des acteurs dans ce processus de production du cadre bâti et porter, seul, la responsabilité « culturelle et humanitaire » de cet acte si on ne lui en donne pas les moyens ?

Ainsi on peut se demander si la seule formation véritablement utile pour l’architecte n’est pas tout simplement « éthique ».

La Charte adoptée au dernier Congrès de l’UTA à PEKIN, en Juin 1999, me conduit à proposer quelques pistes de réflexion car elle redéfinit notre fonction en « repoussant les limites de l’architecture vers l’extérieur pour des interventions plus vastes, et vers l’intérieur pour un degré de plus grande spécialisation ».

Paradoxalement « le rôle de l’architecte continue à se marginaliser dans le processus de décision qui détermine l’habitat humain aujourd’hui ».

« La capacité d’un architecte à proposer des conceptions et des solutions créatives dépend étroitement des sphères intellectuelles et professionnelles sur lesquelles il a autorité ».

Mais « cependant, aucun individu ne peut ni ne doit prétendre contrôler l’ensemble des connaissances de notre profession ».

C’est bien là que se situe le rôle de l’architecte à l’articulation entre le savoir organisé intellectuellement et le savoir faire spécifique de sa discipline

Pour illustrer l’intégration de l’architecture dans une culture vernaculaire la Charte cite Alvar Aalto :

« la préservation des différences devrait aussi être renforcée. Le développement de l’architecture devrait être enraciné dans les origines régionales et prendre les conditions locales comme point de départ de la recherche de solutions ».

En tant qu’acteurs sociaux, les architectes devraient diversifier leurs services et élargir la conception de leur profession. Ils devraient prendre une part active aux réformes sociales, en ayant une compréhension fondamentale de la société et du respect des populations.

La Charte cité également, Walter GROPIUS qui s’exprimait ainsi il y a un demi siècle : « L’idée que je me fais d’un architecte, est celle d’un coordinateur dont le travail consiste à synthétiser les problèmes formels, techniques, sociaux et économiques qui se posent par rapport à la construction.... Je crois, que la nouvelle architecture parviendra à dominer une sphère beaucoup plus vaste que celle de la construction, au sens où on la conçoit aujourd’hui ».

Et ce n’est pas sans ironie que le professeur WU, rédacteur de la Charte, reprend ce proverbe très occidental : « Tous les chemins mènent à ROME » pour conclure : « Peut-être n’y a t-il aucun chemin commun ; il y a cependant. un avenir commun l’avenir pour tous les êtres humains est de vivre dans un environnement bienfaisant.... C’est pourquoi, un architecte doit consacrer sa vie à la recherche de l’humanisme, de la qualité, de la compétence et de la créativité. Il est de sa responsabilité d’édifier, sur cette planète un environnement meilleur, avec des ressources limitées ».

Sans polémiquer, je milite pour que l’architecte retrouve le rôle que mérite sa formation qui est à la fois généraliste et spécifique, humanitaire et culturelle, créative et artistique, sociale et technique et qu’il redevienne celui qui se trouve au point de rencontre, non pas obligé mais reconnu de toutes les préoccupations d’un monde en mutation, qu’il soit, à sa place l’homme de la culture de l’espace.

Jean-Claude RIGUET